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mardi 7 août 2012

Pourquoi je ne voterai (finalement) pas pour la CAQ

Dans mon dernier texte, je vous ai parlé de ma détresse électorale de ne pas savoir à quel parti je choisirai de donner mon vote le 4 septembre prochain. (Voir http://lecentricois.blogspot.ca/2012/07/electeur-cherche-desesperement.html)

Une des options possibles - pour moi attrayante à certains égards - était celle de la CAQ. En fait, si je précise «finalement» dans mon titre, c'est que j'y ai vraiment songé. Quand Legault a refait surface avec son groupe de réflexion «Coalition pour l'avenir du Québec», j'étais emballé que ce souverainiste notoire propose de remettre en question le modèle québécois pendant quelques années où la question nationale était en veilleuse, plutôt que d'attendre les bras croisés l'arrivée du Grand soir de l'indépendance dans un Québec aux structures inefficaces, à l'économie stagnante et aux moeurs politiques à maints égards manifestement douteuses. J'ai même modestement contribué financièrement au parti une fois celui-ci officiellement lancé. Membre fondateur numéro 2401 qu'il est écrit sur la carte: c'est vous dire! Oui, j'y ai cru!

François Legault, un souverainiste (du moins le croyais-je), proposait de mettre la souveraineté en veilleuse le temps de faire un petit ménage dans la bureaucratie et les structures et de s'attaquer à stimuler une économie moribonde pour redonner confiance aux Québécois. Dans ce créneau de favoriser un regain d'efficacité au Québec, la proposition de sabrer dans les commissions scolaires était en tête de liste pour séduire un électeur comme moi qui en a marre d'être témoin d'un système d'éducation complètement sclérosé par les structures administratives, les réformes à gogo, le corporatisme syndical, etc.

Sauf que, depuis quelque temps déjà, le discours de la CAQ et de son chef lui-même me parait être essentiellement orienté dans une direction où manger du péquiste est la ligne maîtresse. Ainsi, j'ai entendu François Legault affirmer maintes fois qu'il N'EST PLUS souverainiste, qu'il NE CROIT PLUS à la souveraineté, tout en jouant de plus en plus sans subtilité la carte du mépris de ses adversaires qui, eux, font encore de cette option (plus ou moins) une priorité, du moins l'ont-ils inscrite à leur programme. (La semaine dernière, c'est Gaétan Barrette qui clamait en entrevue NE PAS ÊTRE souverainiste et tentait de faire du chemin avec cette ligne pour être rassembleur.)

Ainsi, la CAQ s'évertue par tous les moyens à se distancer du projet souverainiste... sans ne dire un traître mot à l'égard du statu quo constitutionnel actuel, pas particulièrement acceptable pour quiconque est ne serait-ce qu'un brin nationaliste. C'est bien beau, voire légitime, de s'attaquer aux souverainistes si on veut se définir comme une troisième voie dans l'axe constitutionnel, mais il faudrait peut-être donner aussi quelques coups de gueule au camp fédéraliste à tout prix, que d'aucuns qualifieraient à divers égards d'à-plat-ventriste.

Puis, cette hargne de la CAQ à l'égard des souverainistes jumelée à une relative tiédeur quand vient le temps de critiquer les Libéraux, alors que l'ennemi suprême à abattre est le PLQ, m'a fait voir en songe (en cauchemar!) un scénario apocalyptique. Si jamais les Québécois élisaient un parlement minoritaire le 4 septembre prochain et que la CAQ se retrouvait avec la balance du pouvoir, mon petit doigt me dit que, après s'être autant acharné sur le camp souverainiste et le PQ essentiellement, c'est avec le PLQ que Legault accepterait de faire une coalition potentielle pour former un gouvernement.

AAAAAAAAAAAAARRRGH! No way, Roger!

Pas question que mon vote, chargé d'une forte connotation anti-Charest, puisse dans ce scénario servir à accorder le pouvoir et la confiance à un autre gouvernement dominé par le PLQ et dirigé à nouveau par Jean Charest... Ainsi, voilà maintenant qu'un réalignement (peu probable) du discours caquiste serait nécessaire pour empêcher la glaciation de ma sympathie à son égard. Pauvre François Rebello... mais moi, je peux encore sauver ma peau d'un tel traquenard!

Donc, une bonne partie du chemin était déjà fait pour m'éloigner de la CAQ, mais le coup de grâce est venu là où je ne l'attendais pas - et vous non plus d'ailleurs, j'en suis certain.

Le coup fatal

Croyez-le ou non: ce sont les suites de l'annonce de la candidature de Jacques Duchesneau qui auront achevé de me convaincre que mon vote n'irait pas à la CAQ. Là, vous vous dites: «Ben voyons donc, on ne voit que des gens en pamoison dans les vox pop à la télé pour commenter et accueillir cette candidature avec le sourire!» L'Eliot Ness québécois, entend-on ici et là...

Quand je vous dis que je suis à contre-courant...

Bien sûr, avec sa notoriété et son parcours intègre, Duschesneau est une candidature de poids. Je le concède. Même que j'estime souhaitable sa venue en politique: l'homme a le bagage et le franc-parler pour faire trembler les colonnes du temple, temple qui héberge depuis trop longtemps les Libéraux de Jean Charest!

Je vous entends à nouveau: «Ben, c'est quoi ton problème d'abord?»

Mon problème, un gros en ce qui me concerne, vient d'une annonce de François Legault découlant de cette nomination de prestige:
«De façon exceptionnelle, j'ai demandé à M. Duchesneau, à cause du rôle qu'il va jouer, pour éviter tout problème éventuel, toute apparence de problème, de ne pas être parmi ceux qui vont collecter de l'argent.» (http://www.lapresse.ca/le-soleil/dossiers/elections-quebecoises/201208/05/01-4562574-financement-de-la-caq-duchesneau-exempte-de-collecte-de-fonds.php)
Quoi? Est-ce que j'ai bien compris? Contrairement aux 124 autres candidats de la CAQ, Monsieur Duschesneau, lui, n'aura pas à se salir les mains dans les basses opérations de financement de son parti... pour préserver sa vertu?

Ça n'a aucun sens! Sous prétexte qu'il veut le soustraire à toute forme d'influence, François Legault dit indirectement aux électeurs que le financement de SON parti - vous savez, ce parti même qui affirme vouloir faire les choses autrement avec son slogan «C'est assez, faut que ça change!» - peut tout aussi bien engendrer des pressions de contributeurs qui, éventuellement, cogneraient à la porte de tel ou tel député caquiste - ayant, lui le député ordinaire, récolté du financement - dans l'espoir d'un retour d'ascenseur.

La ligne à appliquer était pourtant simple et Legault aurait dû dire: «À la CAQ, notre financement, TOUT notre financement, est propre et ne résultera JAMAIS en quelque faveur que ce soit accordée à quiconque exercerait des pressions suite à sa contribution financière au parti.»

Au lieu de cela, François Legault vient par cette annonce surprenante laisser planer un doute sur le danger de son financement à lui aussi. En d'autres termes, selon cette vision, ce n'est pas la façon de faire du financement qui peut poser problème au plan éthique, c'est le financement lui-même qui est suspect et dangereux. Pour ne pas risquer d'être influencé, voire corrompu, Duschesneau NE FERA PAS de financement. Point final.

En prenant connaissance de cela, une image m'est venue en tête: c'est un peu comme si, sur une plage quelque part, François Legault enjoignait tous ses candidats de la CAQ à se baigner avec les autres dans une mer infestée de requins, SAUF le lifeguard Duchesneau qui lui, du haut de sa chaise et de son statut, aurait seul le droit de ne pas s'y mouiller les orteils et de surveiller les méchants. Puis, si jamais l'un des baigneurs caquistes crie fort en se faisant croquer une jambe par un vilain gros requin vorace aux dents en forme d'enveloppes brunes, le sauveteur Duschesneau sera là pour accourir en héros, la bouée de la vertu à la main.

Quel triste cynisme à la CAQ, d'autant plus pathétique qu'il vient de l'intérieur, de la bouche de son chef lui-même... Je me demande bien ce que les Sylvie Roy, François Bonnardel, Chantal Longpré et autres bons candidats de la CAQ ont pensé de cette annonce à caractère ségrégationniste faite par leur chef. Avant cette surprenante annonce, les électeurs pouvaient croire, à raison ou à tort, que toute l'organisation de la CAQ était vouée à l'assainissement des moeurs en matière de financement des partis politiques au Québec; or, voilà que le chef Legault lui-même vient en quelque sorte leur dire (et me dire): Non, non... il y a Duchesneau dans une classe à part et il y a les autres.

Par cette annonce, François Legault voulait nous faire comprendre que l'intégrité irréprochable de Jacques Duchesneau sera placée derrière des portes blindées par la CAQ. Ce faisant, il a aussi indirectement - et involontairement j'ose l'imaginer - laissé entendre que le seuil général de probité des candidats de la CAQ n'est pas le même que celui de son candidat vedette dans Saint-Jérôme.

Dans la vie, contrairement à toutes ces marques de savon à lessive qui lavent plus blanc que blanc, il n'y a qu'un seul niveau d'honnêteté et d'intégrité: on l'est ou on ne l'est pas! En laissant entendre que son candidat Duschesneau sera le plus intègre parmi les intègres, plus blanc que les autres, François Legault vient de me faire déchanter sur le thème électoral de l'intégrité, me fournissant l'ultime raison de ne pas accorder mon vote à la CAQ le 4 septembre prochain.



Cela dit, mon problème d'indécision demeure entier; tout au plus suis-je parvenu à motiver mon choix de NE PAS voter pour la CAQ. Encore quelques semaines de réflexion où les lignes de communication demeurent ouvertes de mon côté pour faire un choix final le plus appuyé possible le jour de l'élection.