(Voir la première partie de ce texte:
http://lecentricois.blogspot.ca/2012/08/pourquoi-je-ne-voterai-pas-non-plus.html)
Le principal répulsif à un vote au PQ dans Johnson
Mais qui est donc cet être qui m'incite tant à gagner les canots de sauvetage pour fuir hors du navire à maints égards rassembleur péquiste? Il s'agit d'Yves-François Blanchet, député actuel de la circonscription de Drummond et qui sollicite un nouveau mandat dans Johnson, dont la carte a été complètement redécoupée pour inclure la moitié de Drummondville dans laquelle se dresse le modeste bungalow où crèche avec sa famille l'auteur de ces lignes.
Il est probable que, si vous n'êtes pas de la région, vous ne soyez pas familier avec ce nom. Élu de l'Opposition officielle péquiste dans Drummond en 2008, Blanchet a ramené la circonscription dans le giron du Parti Québécois après la vague adéquiste de l'élection de 2007 qui avait déferlé sur le comté, comme sur une bonne partie du Québec. Depuis, le député de Drummond a occupé diverses fonctions parlementaires, dont la dernière au service de laquelle il a le plus fait parler de lui, soit celle de porte-parole de l'opposition en matière d'immigration, de communautés culturelles et de langue.
Dans ce dernier créneau de la langue, Yves-François Blanchet a plutôt tendance à se draper dans un voile de pureté et à jouer les ayatollahs linguistiques. C'est lui qui, notamment, est de toutes les tribunes pour faire sien le combat inutile et perdu d'avance de la francisation des marques de commerce. Ce cheval de bataille, qui ne peut que frapper le mur de la réalité - un nom propre, qu'il soit celui d'une personne ou d'une entreprise, n'appartient pas plus à une langue qu'à une autre - n'est en quelque sorte, pour quiconque a un oeil minimalement critique, qu'un moyen pour détourner l'attention de la probabilité que le Parti Québécois porté au pouvoir ne serait pas vraiment plus vaillant que le PLQ en matière linguistique. Ainsi, cet acharnement sur les marques de commerce est annonciateur qu'un gouvernement péquiste se contenterait de s'acharner sur quelques symboles linguistiques factices plutôt que de mettre de l'avant une véritable opération d'impact pour faire respecter les dispositions de la Charte de la langue française, bafouées allègrement aujourd'hui comme dans le passé (même sous les gouvernements du Parti Québécois de 1994 à 2003 notamment). (Voir
http://lecentricois.blogspot.ca/2012/06/la-francisation-des-marques-de-commerce.html)
Blanchet, donc, est celui qui au PQ joue les gros bras dans le dossier linguistique, toujours avec la subtilité d'un char d'assaut, mais aussi le génie d'un gars qui consulte le dictionnaire avec des gants de boxe, car le problème avec le français au Québec, il n'est pas là!
Mais, pour Yves-François Blanchet, dont l'égo manifestement surdimensionné s'exprime ouvertement dans chacune de ses sorties médiatiques, la bataille de la francisation des marques de commerce aurait pu lui servir de faire-valoir pour attirer sur lui micros, caméras et appareils photo. Je dis «aurait pu», car dans la réalité, que les noms de commerce soient en anglais, en italien ou en souahéli, les Québécois n'en ont rien à faire et savent très bien faire la part des choses. Ce qui comptent pour eux, c'est que le service à la clientèle, la langue de travail et l'affichage dans les commerces qu'ils fréquentent soient en français. Mais bon, je ne m'étends pas ici sur le sujet, qui n'est pas le coeur de mon propos.
Revenons plutôt à notre Kid Kodak politique régional, qui a manifesté son désarroi à l'égard du désintéressement de SON dossier de la part des médias nationaux. Sur Twitter le 7 août dernier, il a écrit:
«Il y a des gens, des souverainistes, qui m’ont reproché d’accueillir parmi nous Normand Bernier. M. Bernier, fait maintenant partie du Parti québécois. Il fait partie des 14 %, 15 %, 16 % ou 17 % dont on a besoin pour gagner un référendum. Qui serions-nous pour ne pas accueillir tous les M. Bernier du monde? C’est notre devoir le plus solennel!
http://www.journalexpress.ca/Elections/2012-08-08/article-3048176/%26laquoQui-serions-nous-pour-ne-pas-accueillir-tous-les-M.-Bernier-du-monde%26raquo/1
Trouver le salut hors du vote stratégique
De mon côté, mon choix est maintenant fait, je ne voterai pas stratégiquement contre les Libéraux, je vais plutôt voter pour le projet politique qui m'inspire le plus, celui d'Option nationale. Ainsi, je ne choisirai pas le 4 septembre prochain le candidat du Parti Québécois qui mange à tous les râteliers pour être réélu, je vais plutôt voter par conviction, simplement.
Bien sûr, je ferai partie de la minorité des électeurs que mon futur député qualifiera possiblement de larves insignifiantes dans le paysage politique ou autres épithètes peu flatteuses. Par contre, dans la même veine que mon OUI au référendum de 1995, mon vote à cette élection-ci, loin du cynisme d'un vote stratégique
pour le moins pire, sera pour moi un geste positif emballant, un appui à un projet de société que j'estime être porteur d'avenir pour mon entourage immédiat et pour le peuple québécois.
Cela dit, comme je doute fort que le PQ puisse être en difficulté dans Johnson, pourquoi ne pas appeler d'autres électeurs à faire de même en votant pour leur choix politique numéro 1? Que ce soit pour la Coalition Avenir Québec, Québec solidaire, Option nationale ou même le Parti Québécois, dont les assises sont solides et dignes d'appui à plusieurs égards (en outre, je peux concevoir que des électeurs puissent voir le péquiste Blanchet dans leur soupe pour de bonnes raisons, même si celles-ci m'échappent), allez-y: votez pour votre première option, pour ce en quoi vous croyez vraiment, POUR le parti ou le candidat que vous estimez LE PLUS plutôt que CONTRE ce en quoi vous croyez LE MOINS.
Changez la donne, que ce soit dans Johnson ou ailleurs. Prêtez l'oreille à ce que les politiciens vous proposent de faire plutôt qu'au dénigrement qu'ils adressent à ce que les autres veulent faire.
Vous voulez de la politique positive: votez positivement! Juste pour voir...
Les Québécois pourraient décider ensemble de faire de ce rendez-vous électoral une attaque en règle contre le cynisme et le vote par dépit. Car, ne vous méprenez-pas, si vous et tant d'autres électeurs votez pour le PQ par dépit pour
sortir les Libéraux, bien qu'appelant à cette stratégie aujourd'hui, votre bon député - Yves-François Blanchet ou un autre - une fois élu aura tôt fait de réinterpréter à son avantage votre vote comme un appui sans équivoque à sa grande qualité personnelle de rassembleur.
Épilogue
Dans le blogue d'Option nationale (
http://onblogue.com/2012/08/15/dumbo-et-la-soupe-au-chou/), le candidat de ce parti dans Jean-Lesage à Québec cite ce passage de Gérald Godin:
«Moi je veux d’abord qu’un député soit une paire d’oreille, qu’on soit comme Dumbo, le fameux éléphant de Walt Disney, pis qu’on écoute ce que le monde a à dire. […] à peu près toutes les solutions aux problèmes des Québécois sont déjà dans la tête des Québécois.»
Je ne m'avancerai pas à déterminer quels personnages peuvent bien inspirer mon représentant actuel à l'Assemblée nationale. Chose certaine, le député Blanchet n'a pas les mêmes oreilles de Dumbo que l'illustre Gérald Godin, député si près des gens et «dont le bureau était à la grandeur de son comté» (
http://www.histoireplateau.org/administration/publications/bulletins/automne2007/automne2007GeraldGodin.pdf). Jadis ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française durant une courte période, Godin était un pur passionné du Québec entre les mains de qui la loi 101 ne servait pas d'épouvantail à moineaux et de faire-valoir politicien. Autres temps, autres moeurs: les choses ont bien changé!
Le 4 septembre prochain, le PQ a de bonnes chances de former le gouvernement et, en ce qui me concerne, c'est tant mieux; le Parti Québécois a certes l'équipe et le potentiel pour ramener un peu de lumière là où neuf années de gouvernement du Parti libéral aura laissé tant d'obscurité.
Et, dans Johnson, Yves-François Blanchet peut très bien se passer de mon vote pour à nouveau être élu député. Or, dans ce scénario, chose certaine, le député Blanchet sera nommé au conseil des ministres. Après tout, Pauline Marois lui en doit une, car au moment où son leadership était en pleine tempête, le député de Drummond a été de toutes les tribunes pour la défendre bec et ongles: un vrai pit-bull!
D'un point de vue partisan, il faut reconnaître qu'Yves-François Blanchet a tenu le fort vaillamment pendant que le leadership de sa chef se faisait brasser de façon peu commune au sein même du Parti Québécois. Et, cet acharnement à braver l'adversité (geste de solidarité louable ou d'entêtement intéressé?) lui vaudra à coup sûr une place de choix dans le cercle restreint des décideurs gouvernementaux, sans aucun doute à titre de gestionnaire d'un portefeuille lié à la culture et à la langue, ses dossiers de prédilection. (À moins que voit le jour un tout nouveau ministère créé sur mesure pour lui: place au futur ministre de la Vanité, de la Suffisance et du Bombage de torse!)
Pour le reste, au terme de l'élection du 4 septembre prochain, le député élu dans Johnson aura gagné ses épaulettes pour représenter à l'Assemblée nationale les citoyens - espérons-le, TOUS les citoyens - de la circonscription. Et sa victoire sera d'autant plus méritoire si les électeurs ont voté POUR lui plutôt que CONTRE quelqu'un d'autre.
Gens de Johnson, à vous la parole le 4 septembre prochain!
* * * * *
Si un homme a une grande idée de lui-même, on peut être sûr que c'est la seule grande idée qu'il ait jamais eue dans sa vie.
- Alphonse Esquiros, auteur et homme politique français